LA NATURE ENVISAGÉE
Comment l'homme agit sur le paysage?
De tout temps, l'être humain a eu pour objet de contrôler son environnement et c'est sur la nature qu'il a exercé le plus de contrainte.
Le parc floral de la Source est un parc paysager. Par nature, les végétaux y sont contraints.
Tailles des arbres, des rosiers, coupes, boutures, greffes, élagages, traitements, tontes, nettoyages sont autant de mots empruntés au vocabulaire du jardinier et qui décrive bien ce dont il s'agit : forcer la nature à "être belle" ou du moins à ressembler à une forme de nature idéale, selon le sentiment des hommes.
L'art des jardins est ancien et cette bataille est perdue d'avance car la nature reprendrait vite ses droits si nous venions à disparaître.
Il s'agit bien, donc, de donner un visage à la nature, de l'envisager et c'est de cela dont je veux parler.
Je suis lié à la peinture, à l'histoire des arts comme les jardins le sont, non seulement dans leurs représentations (art du jardin français, anglais ou japonais par exemple) mais aussi dans leurs conceptions, leurs modelages.
Il m'est apparu que la superposition des plans du jardin et de ses différentes couleurs en permanentes mutations composaient des tableaux que l'on pourraient qualifier d'abstrait. Je voudrais relier ces motifs dans des images qui composeraient des natures abstraites, à la manière des peintures de Malevitch ou Kandinsky par exemple.
Les saisons, les couleurs, les matières, les lumières et les différents états de cette nature créent des motifs qu'il me suffit d'assembler pour inventer ces abstractions.
D'un autre côté, je m'attacherai aux jardiniers en les photographiant lors de ces différentes mises en formes du jardin, et capterai leurs outils responsables de ces transformations sur fond noir à la manière des "natures mortes" en vogue dans la peinture depuis le XVIème siècle.
Les photographies seraient de différents formats (10 x 20, 20 x 30, 40 x 60, etc.) et composeraient à leurs tours des rythmes sur certains bâtiments.
Fixées à l'épingle sur le bâtiment (en bois de préférence) à travers le parc , le papier (papier couché en fibre de coton) subirait les "outrages" du temps pour disparaître au bout de quelques mois et peut-être, comme les feuilles mortes de l'automne, ramassé par les jardiniers.
Franck Gérard.