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juil 13, 2015

CHRONIQUES MARSEILLAISES ; ET UNE TRÈS BONNE NOUVELLE…

J’avais quitté Marseille, un peu triste, un peu dépité, au mois de décembre.
J’y suis revenu, mélancolique.
Marseille n’a pas changé ; le sud grignote toujours le nord sans prendre le temps de le digérer.
L’air est lourd, il est jaune, les papiers gras et les sacs plastiques décorent toujours les rues.
Les gens sont beaux et sauvages, le ciel est bleu, invariablement, et cela m’ennuie.
Mais il y a autre chose…
Je suis dans la voiture d’un ami ; je regarde le rétroviseur côté passager ; c’est un morceau de plastique jaune aux réflexions tordues, élégamment scotché, qui fait office de miroir. J’interroge mon ami sur ce dispositif ; il me raconte qu’il a passé le contrôle technique avec ça. A se tordre de rire!
Je prends le bus ; un vieil homme me demande s’il peut s’asseoir à côté de moi ; bien sûr.
Immédiatement il entame la conversation. Je lui parle de la beauté mystérieuse de cette ville et lui demande s’il est d’ici. Oui, plutôt deux fois qu’une, de ce quartier là-bas, en particulier, qu’il n’a jamais quitté. Et que faisait-il, car je suppose qu’il est à la retraite. Il était « Le comptable »… Il me raconte la violence des années soixante, en mimant sans cesse des coups de feu avec sa main droite ; celui-là qui est mort au bout d’un 43 (le calibre 43 qui selon lui arrête un cheval au galop ou peut traverser d’un seul coup treize types) et dont l’épitaphe fut « Il est mort de mort naturelle par balle » ; forcément, on rit… Ou cet autre qui est parti trente longues années en exil, loin d’ici, et qui vient de revenir… En descendant du bus, il me lance qu’il aurait assez d’histoires pour écrire un livre mais c’est assez pour moi.

Je prends souvent le bus.
C’est tout de même incroyable de monter dans un bus et de voir le chauffeur attendant l’heure du départ en fumant un « barreau de chaise » assis à sa place, exhalant lentement des colonnes de fumée par la fenêtre ; il prend garde, tout de même, à ne pas trop contaminer l’habitacle. Cela n’étonne personne, à part moi, c’est « normal » ici…
Les clichés sur Marseille ont la peau dure et Marseille fait tout pour les garder, les provoquer et c’est tant mieux.
Je vais acheter des épices dans le quartier de Noailles, dans mon échoppe préféré : Saladin. Ils vendent à peu près tout ce qu’il y a de nourriture sèche dans le monde et lorsque l’on s’engouffre à l’intérieur, mille odeurs nous caressent le nez. Je dois changer de vendeur car le mien se frotte l’œil alors qu’il me sert du piment, heureusement pas trop fort. Cela fait sourire mais doit faire bien mal.
Je marche au hasard mais fait très peu d’images ; cette fois-ci la ville me résiste ou c’est moi qui ne suis pas vraiment là. J’ai plutôt envie d’être à Naples…
Je passe à Cassis voir une amie. Son immense maison donne sur la mer, la vue est « imprenable », d’une beauté insensée ; elle appelle la contemplation, le retour en soi aussi, mais je sens cet endroit comme une belle cage dorée. Je pars vite.
Le dernier soir, chez des amis dans les quartiers Nord. Dehors les fusées et les pétards n’arrêtent pas, c’est le 14 juillet. L’odeur du feu arrive, nous sortons dehors. Le terrain vague est en feu, les containers à ordures brûlent, les « minots » sont déchainés et les flics sont de sortie bien décidés à faire usage de leurs « flash-ball »… Ça a le goût et le parfum de l’enfer mais le feu c’est si beau ; je ne résiste pas à la tentation de faire des images.
Et le lendemain je pars.
Pour finir, la bonne nouvelle : je suis entre-temps allé à Arles où j’ai rencontré mon futur éditeur ; nous allons enfin le faire ce livre sur « En l ‘état », ce livre de 1320 pages !
En l’état qui a eu seize ans le 13 juillet dernier.
Belle journée.